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Cameroun: Le plaidoyer provoque une menace de mort

 Après avoir parlé franchement en février contre les infractions des droits humains par les forces camerounaises opposant les troupes insurgés de Boko Haram dans le nord du Cameroun, Maximilienne Ngo Mbe, défenseur des droits humains, est devenue la cible d’une vraisemblable menace de mort diffusée à la télévision et aussi devenue l’objectif de critiques abusives pour son plaidoyer favorisant les droits humains des personnes LGBT.

Ngo Mbe, en tant que directrice exécutive du REDHAC (le Réseau des défenseurs des droits humains de l’Afrique centrale), basé au Cameroun, a exprimé le 18 février son soutien vigoureux pour la lutte de l’armée contre le Boko Haram, mais elle a également déclaré que de nombreuses personnes innocentes avaient été arrêtées par la police et que 50 personnes ont été asphyxiées dans leurs cellules, puis enterrés en charnier, dans une fosse.

En réponse à ces déclarations, le réseau de télévision Afrique Média a diffusé des émissions de télévision dans lesquelles un commentateur l’a menacé de mort et d’autres l’ont appelé un outil des puissances occidentales qui cherche à déstabiliser le pays.

Le 23 février, l’émission télévisé « Le Mérite Panafricain » sur le réseau Afrique Média a inclus une discussion qui a accusé le REDHAC d’être exploité par les Européennes et les Américaines.

Les panélistes ont appelé Ngo Mbe une « personne sans cervelle » et quelqu’un qui est « financée par les Américains et les Occidentaux. »

« Qu’est qu’elle en sait des droits de l’homme ? » a dit le panéliste Parfait Ndom. « Mme Maximilienne marche d’ambassade en ambassade. Elle a une ONG [organisation non gouvernementale] qui s’occupe des homosexuels.»

Le REDHAC est une coalition des défenseurs des droits humains, agissant dans huit pays d’Afrique centrale, basée à Douala, au Cameroun. Ses membres comprennent des personnes qui travaillent contre la corruption gouvernementale, pour les droits des femmes, la liberté d’expression, et la liberté d’association, en plus des droits pour les LGBT.

Niant les accusations de ses détracteurs, Ngo Mbe a dit que le REDHAC est financé par des contributions de ses membres et, de temps en temps, des  subventions modestes d’organisations internationales des droits humains.

Les critiques d’Afrique Média ont continué le 27 février, alors qu’un article a été publié en ligne, prétendant qu’au moyen du REDHAC,  Ngo Mbe « force le gouvernement camerounais d’inclure l’homosexualité dans la constitution alors qu’elle-même n’est pas homosexuelle et a des enfants. »  L’article a prôné sa déportation du Cameroun, en déclarant: « Expulsez les et combattez les avec la dernière énergie. »

Dans le passé récent, Afrique Média a également prétendu quel’Organisation des Nations Unies fournit des armes à Boko Haram et que la France utilise Boko Haram pour déstabiliser le Cameroun, qui était une colonie française de 1919 à 1960.

Les critiques ont intensifiés le 1er mars pendant l’émission « Débat panafricain » — aussi au réseau Afrique Média.

Pendant l’émission, le politicien / prêcheur Banda Kani a déclaré que tous les rapports que REDHAC présente sur les droits humains au Cameroun et en Afrique centrale  « sont écrits par la France et les Américains qui les lui donnent pour sa lecture et en retour lui versent des énorme sommes d’argent. »

Dans cette même émission, Jules Njawé, leader du Mouvement pour la jeunesse panafricaine (MJP), a déclaré:

« Le REDHAC ne devrait pas exister. Si le gouvernement ne fait rien, ils vont s’en occuper tout comme cela a été fait pour l’activiste des droits de l’homme assassiné à bout portant en Russie. Ils iront même jusqu’à bruler le REDHAC, s’il le faut. »

Dans la menace inexpliquée de Njawé quel « ils » seraient agir contre Ngo Mbe et le REDHAC, Njawé se référait à l’assassinat du 27 février de Boris Nemtsov, un leader de l’opposition russe.  Ses paroles pourraient être considérées comme simplement de la rhétorique exagérée, à l’exception des faits qu’Éric Lembembe, militant des droits des LGBT camerounais, a été assassiné en 2013 et que Michel Togué, avocat camerounais qui défend des clients LGBT, a déménagé sa famille à l’étranger après avoir reçu des menaces semblables.

Ngo Mbe a souvent reçu des menaces de mort. Human Rights Watch a rapporté en septembre 2012 que des hommes en uniformes des forces armées camerounaises ont enlevé et violé sa nièce, un événement que Ngo Mbe croit était une attaque ciblée pour la punir pour son plaidoyer pour les droits humains. En avril 2013, des agresseurs non identifiés ont tenté d’enlever son fils à l’école.

Les menaces et les critiques télévisés contre REDHAC par les journalistes, les politiciens et les militants sont une «chasse aux sorcières» qui montre un manque de maîtrise de soi en période de crise, selon le CODE  (Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora Camerounaise), un groupe d’opposition camerounais.

Dans un commentaire publié par Cameroun-Info.net, CODE appelle aux « acteurs de la société civile et politique camerounaise à garder leur calme en cette période troublée, et de ne pas chercher pour des boucs émissaires. » Il a exprimé « sa solidarité avec les défenseurs des droits humains au Cameroun en général et avec Mme Ngo MBE en particulier, pour leur travail salutaire réalisé dans des conditions difficiles et dangereuses.»

Le REDHAC s’est plaint à propos des menaces au Conseil National de la Communication du Cameroun et à la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés, qui est en train de mener des enquêtes.

Ngo Mbe dit qu’en tant qu’organisation respectée des droits humains avec le statut officiel d’observateur auprès de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, le REDHAC n’obtient pas ses rapports en provenance d’Europe ou d’Amérique, mais de l’Afrique centrale. Dans un entretien avec le site Hurinews, qui met l’accent sur les droits humains, Ngo Mbe a dit:

« Nous recevons tous les jours des communiqués de presse, des déclarations et ou des appels urgents des organisations de la sous-région. Notre travail consiste à ce niveau de trier, classer, enquêter pour obtenir la véracité des faits afin d’organiser le meilleur moyen d’intervention selon la gravité et la danger de l’affaire à traiter.

Il peut s’agir pour nous d’apporter une protection physique, sécuriser des bureaux ou une famille, ou alors un plaidoyer pour la libération des défenseurs arrêtés ou emprisonnés. Nous attirons aussi l’attention des gouvernements de la sous-région sur des infractions spécifiques concernant des contraventions des droits humains et les droits des défenseurs, sans discrimination. »

Le seul partenaire du REDHAC est le National Endowment for Democracy, une association basée aux États-Unis, qui fournit un soutien annuel, Ngo Mbe a dit dans l’interview parHurinews. Ses fonds n’ont pas été suffisants pour éviter le stress financier, y compris des difficultés à payer les factures d’électricité et d’eau, dit-elle. Les supporters peuventcontribuer à REDHAC sur son site web, redhac.org.

Elle a également cité le financement d’Amnesty International — pour trois réunions, dont un atelier en 2007 lorsque REDHAC a été fondé — et de Freedom House, une association américaine, qui a appuyé l’assemblée générale de REDHAC en 2010, quand il a déménagé son siège au Cameroun de la République démocratique du Congo.

Ngo Mbe dit aussi:

« L’incohérence des propos des panélistes et leur méconnaissance des mécanismes en matière de financement des ONG, des associations et de la loi camerounaise m’attristent beaucoup. Leur ignorance totale des conventions en matière de guerre est tant pénible que douteux.

Des personnes qui étaient présumées apporter une ‘’certaine lumière’’ aux populations africaines au lieu de cela, versent de l’insulte, la calomnie, l’invective, et l’incitation à la vengeance populaire pour des raisons banales. Cela me donne la nausée. »

                                                    Publié le 10 mars 2015 par Denis LEBLANC de 76 Crimes

 
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