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Maximilienne Ngo Mbe parle du Redhac

 La directrice exécutive du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Redhac) parle de sa vie de combattante des droits de l’homme, des activités et sources de financement du Redhac (histoire de taire des rumeurs véhiculées par certains médias dits panafricains) ainsi que de la célébration de la journée internationale de la femme au Cameroun.

Vous êtes l’une des rares femmes à diriger un réseau sous-régional de défenseurs des droits de l’homme, en quoi consiste votre travail au quotidien?

Merci de l’opportunité que vous me donnez pour enfin clarifier le travail du REDHAC dans la sous-région de l’Afrique Centrale. Mais avant d’y arriver, permettez-moi de dire deux petites choses.
Je suis défenseur des droits humains depuis 1989. En 1996, j’adhère de manière formelle à PRODHOP (Solidarité pour la Promotion des droits de l’homme et des Peuples), association de défense des droits de l’homme que dirigeaient feu Théodore BAHOYA et feu Dr. MACK-KIT, respectivement président et secrétaire général. Après 3 ans de militantisme, c’est à-dire de 1998 à 2002, je deviens secrétaire générale adjointe. 2002-2010, je suis secrétaire générale. Et depuis 2010, j’ai déposé ma démission au poste en restant militante de cette association afin d’éviter les conflits d’intérêts en tant que Directrice Exécutive du REDHAC. Pendant tout ce temps, PRODHOP a été de toutes les batailles pour la promotion, la protection et le respect des droits de l’Homme. PRODHOP avec Dynamique Citoyenne et la Maison des Droits de l’Homme du Cameroun a été dans les combats du ‘’commandement opérationnel’’, ‘’des émeutes de 2008’’, des visites de prisons et j’en passe. En 2010, avant de quitter mes fonctions de secrétaire générale pour devenir directrice du REDHAC. Nous avons organisé un forum sur les droits de l’Homme à Douala. Nous avons appelé tous les acteurs afin de débattre de tous les droits sans discrimination. Ce forum a été couronné de succès. C’était le premier du genre au Cameroun. Croyez-moi nous n’avions rien en dehors des cotisations de nos membres et la vente des cartes d’adhésion. PRODHOP n’a eu qu’un financement de 4 000 000FCFA par Amnesty pour l’organisation de ce forum qui devait déboucher sur la sortie d’un livre blanc.
Comment naît le REDHAC :
Novembre 2006 : Amnesty International organise au Burundi un atelier sur le rôle des Comités Nationaux des Droits de L’homme en Afrique Centrale (ancienne appellation). Les défenseurs de la sous-région y sont conviés, moi aussi. J’ai en charge de parler du rôle du comité des droits de l’homme du Cameroun. C’est au cours de cet atelier que l’idée de la création d’un réseau est mise sur la table. Partant du fait que les réseaux des défenseurs de l’Afrique de l’Ouest et de la Corne et Est Afrique existaient déjà.
En Avril 2007, avec l’appui de Amnesty toujours, cette fois à Kigali au Rwanda. Le REDHAC est crée. Je suis élue secrétaire chargée du plaidoyer à mon absence d’ailleurs. Ce que j’hésite à accepter dès qu’on me l’annonce car je pensais que j’avais encore à apprendre. Les pressions des autres collègues de la sous-région m’amènent à accepter. J’ai parcouru l’Afrique, les couloirs de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), les réunions de certaines commissions de l’Union Africaine, des experts en matière des droits de l’homme, des mécanismes de l’ONU avec beaucoup d’humilité parce que je voulais apprendre et aussi promouvoir notre réseau. Croyez-moi j’ai beaucoup appris auprès de tout ce monde et le REDHAC collabore étroitement avec tous ces mécanismes aujourd’hui.
2007-2010. le siège du REDHAC est à Bukavu en République Démocratique du Congo. Et le coordonnateur s’appelle M. KIPAKA Baudoin, magistrat, aujourd’hui Vice Président du Conseil d’Administration du REDHAC et domicilié à Bukavu.
Avril 2010, au cours d’une réunion du conseil d’administration à Brazzaville, facilitée toujours par Amnesty, nous décidons de transférer le REDHAC au Cameroun et je suis élue Directrice Exécutive avec pour mandat de convoquer l’AG du REDHAC pour impliquer davantage tous les représentants de la sous région. Cette AG se tient en juillet 2010 avec l’appui de Freedom House et élit une nouvelle direction (Conseil d’Administration, Points focaux et secrétariat permanent.) Voila pour la naissance du REDHAC.
En quoi consiste notre travail :
Le Réseau des Défenseurs des Droits Humains (REDHAC) couvre 8 pays de l’Afrique Centrale à savoir Le Cameroun, le Tchad, le Gabon, Sao Tomé et Principe, le Congo Brazza, la République Démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale. Le Réseau est composé des coalitions nationales, des associations et ONGs des Droits Humains et de tous les autres défenseurs (avocats, journalistes, etc) en Afrique Centrale, ceci conformément à la Déclaration de 1998 des Nations Unies sur les Défenseurs, la Déclaration de Kigali de 2003 et le plan d’Action de Grand Baie de 1999.

Nous recevons tous les jours des communiqués de presse, des déclarations et ou des appels urgents des organisations de la sous-région. Notre travail consiste à ce niveau à trier, classer, enquêter pour obtenir la véracité des faits afin d’organiser le meilleur moyen d’intervention selon la gravité et la dangerosité de l’affaire à traiter. Il peut s’agir d’apporter une protection physique, sécurité des bureaux ou de la famille, ou alors un plaidoyer pour la libération des défenseurs arrêtés ou emprisonnés, nous attirons aussi l’attention des gouvernements de la sous-région sur tel ou tel sujet concernant la violation des droits humains et les droits des défenseurs SANS DISCRIMINATION.
Pour que les défenseurs des droits humains assument leur rôle avec efficacité, les cycles de formation continue sont aussi préparés et donnés par les experts. Tout cela ne naît pas spontanément. C’est un travail de fourmi qui nécessite une attention journalière pour qu’il y ait une parfaite symbiose entre l’évolution des droits de l’Homme et l’évolution de la société.

Comment parvenez-vous à surmonter l’adversité face à l’Etat du Cameroun qui ne vous porte pas beaucoup dans son coeur?

Je ne pense pas qu’il y ait adversité entre l’Etat du Cameroun et l’action du REDHAC. Celle-ci (action) ne se résume pas au seul Cameroun. Je ne pense pas non plus qu’il y ait un abcès de fixation sur le Cameroun qui puisse mettre en rogne les autorités camerounaises. Simplement parce que si vous suivez de manière régulière les déclarations et conférences de presse du REDHAC, vous verrez le travail qui est fait au niveau de la sous-région. Il n’y a pas longtemps le REDHAC a exhorté le président Kabila à ne pas promulguer la loi électorale et a demandé à la CENI d’appeler les élections pour 2016. Notre demande a été entendue. Le Gabon est presque paralysé depuis un moment par les grèves. Il s’achemine à une année scolaire blanche. Le REDHAC a réagi. Au niveau du Tchad, les défenseurs ont été menacés pour avoir critiqué d’une certaine manière les autorités par rapport à la guerre contre Boko Haram. Le REDHAC a réagi. En Centrafrique, comme en Guinée Equatoriale, en passant par le Congo Brazzaville, la position du REDHAC reste sans équivoque lorsqu’il s’agit des violations des droits humains ou des menaces à l’encontre des défenseurs.
D’une certaine manière, nous avons un travail qui consiste à veiller pour que les équilibres en matière de gouvernance ne soient pas rompus et sans acrimonie, nous faisons ce travail ; chacun des acteurs restant dans son rôle : les gouvernements de la sous-région et le REDHAC.

Un média panafricain vous accuse ces derniers temps d’être financé par la France pour déstabiliser le Cameroun, qu’en dites-vous?

L’incohérence des propos des panélistes et leur méconnaissance des mécanismes en matière de financement des ONGs, des associations et de la loi camerounaise m’attristent beaucoup. Leur totale ignorance des conventions en matière de guerre est à la fois affligeante et questionnable. Des personnes qui étaient censées apporter un ‘’certain éclairage’’ aux populations africaines au lieu de cela, versent dans l’insulte, la calomnie, l’invective, et l’incitation à la vindicte populaire pour des raisons triviales. Cela me donne la nausée.
Je ne me permettrai pas d’aller fouiller dans les écuries d’Augias. Comme disait un grand homme camerounais que je ne nommerai pas ; il arrive que des aigles volent très bas, mais jamais les moineaux ne voleront plus haut que les aigles. Ils ont tous un destin de feuille morte.

D’où proviennent donc les financements du Redhac?

Je vais être précise sur cette question, car à ma connaissance, une telle question n’a jamais été posée à une association ou ONG. Mais je vais y répondre sans ambigüité, si cela peut servir à quelque chose.
Le REDHAC vit des cotisations de ses membres, des adhésions, des ventes de cartes car nous comptons 250 organisations membres et plus de 500 adhésions dans la sous-région. Nous menons aussi les activités comme la parution de notre livre qui est vendu et qui nous rapporte des fonds.
A côté de ce que je viens de signaler, nous avons un seul partenaire le NED qui, dans des programmes bien définis, nous appuie annuellement. Je mets quiconque au défi de me prouver le contraire.
Vous savez, certains Camerounais ne vivent que des ragots. Dès que tu fais bien, tu es acheté.
Certains qui accusent le REDHAC d’être financé par les Américains et les Occidentaux aujourd’hui m’ont accusé hier lorsque cela les arrangeait d’être achetée par les hautes personnalités de certains pays de la sous-région !!!
Tout cela prouve tout simplement que nous travaillons et que nous avançons.
Je dis au peuple camerounais qu’il arrive souvent au REDHAC de ne même pas pouvoir payer ses factures d’eau et d’électricité, souvent de demander des moratoires où alors de faire recours aux âmes de bonne volonté. Les associations de défense de droits humains camerounais qui ont participé à notre Assemblée Générale de novembre 2014 (il y avait une vingtaine et vous pouvez les contacter) ont écouté mon rapport d’activités avec le volet financier. Elles ont été pour la plupart surprises. A cette Assemblée Générale, la recherche de financements était au centre de la réflexion des délégués venus des 8 pays de l’Afrique Centrale. Nous avons besoin des financements car promouvoir et protéger les droits humains et les droits des défenseurs sans discrimination en toute circonstance n’est pas facile. Merci de faire les dons pour aider le REDHAC. Une rubrique sur notre site Web vous guidera.

Nous sommes en plein dans la journée internationale de la femme, pensez-vous que les droits de la femme sont assez garantis au Cameroun?

Le Cameroun aurait franchi un pas important si deux textes importants qui me tiennent à cœur avaient été implémentés à savoir Les résolutions de Beijing et le Protocole de Maputo qui en ait une conséquence et l’adoption de la mise en pratique du code la famille.
Les blocages ou les réticences à agir d’abord de manière concertée et surtout à montrer une certaine volonté d’aniélisrer le sort de la femme camerounaise montre à suffisance l’hypocrisie et le machiavélisme de certains membres du gouvernement.

Que pensez-vous de la manière dont la femme est célébrée au Cameroun?
La journée internationale de la femme (JIF) était à l’origine une journée revendication de la femme. Où la femme en tant qu’actrice sociale pose les problèmes liés à son genre et au vivre ensemble. Elle est devenue une célébration festive surtout au Cameroun et avec la complicité de la femme. C’est cela qui fâche.
Tant que les femmes d’abord et les hommes ensuite qui pensent que la femme est l’avenir de l’Homme, ne prendront pas elles-mêmes à bras le corps les problèmes concernant les femmes, il n’y aura pas d’amélioration certaine.
Propos recueillis par Michel Biem Tong

 
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