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TCHAD, CINQUANTE ANS DEJA, QUELLES PERSPECTIVES POUR LES DROITS DE L’HOMME ?

Contexte de la célébration du cinquantenaire Les années 60 ont été marquées sur le continent africain par de nombreuses proclamations de l’indépendance. Ainsi, le Tchad à l’instar des autres pays africains anciennement colonisés par la France a été proclamé indépendant le 11 Août 1960, depuis lors, cette date est devenue fête nationale et célébrée comme telle. La jeune République au départ dépourvue des institutions crédibles, de la culture de l’Etat et des cadres compétents pour son développement a connu un retard sur le plan de son décollage économique, de la mise en place des institutions républicaines et du développement de la culture démocratique et politique. Bien entendu, le Tchad existe comme République il ya déjà cinquante ans dont vingt ans sous le règne de l’actuel président. C’est dans ce contexte que se célébrera le 11 janvier 2011 le cinquantenaire de la République du Tchad. La question légitime à se poser est : vaut-il la peine de fêter le cinquantenaire d’indépendance dans un pays où les élèves s’asseyent à même le sol pour étudier, les gens meurent de faim et de soif, de maladie, les fonctionnaires mal payés, mal logés, l’insécurité généralisée etc., et surtout à coup des milliards ? Quand règne une faible égalité entre les citoyens et que les régimes, malgré les lois et les règlements disponibles, se sont toujours livrés à la vengeance, sinon à l’exclusion et aux favoritismes quotidiens, sous prétexte de recherche d’équilibre ? Un pays où plusieurs élections présidentielles et législatives sont toujours contestées et boycottées, des soulèvements intercommunautaires répétés, de la concentration de l’essentiel de l’économie nationale, du foncier et de l’armée entre les mains des gens issus de la région du Président de la République etc. les autres citoyens sont relégués au second plan et de ce fait ne se sentent plus directement concernés par les affaires de l’Etat.. De façon objective, sans opposition au fait que cinquante année de la vie d’une nation ça se fête, force est de reconnaître qu’au lieu des fastes jubilatoires, les Tchadiens devraient être invités à la médiation et à la réflexion pour aboutir véritablement à la réconciliation de cœur et de l’esprit. Jusqu’à quand continuerons-nous à faire cette course en avant, en refusant à aller à la racine de nos maux ? Pourquoi continuons-nous à nier notre histoire, en faisant semblant de passer l’éponge sur les aprioris alors que le mal est là encore profond dans les consciences communautaires, nationales et individuelles ? La renaissance du Tchad ne viendra que du courage de ses fils à regarder en face le passé et d’oser ensemble le geste de pardon, de paix et de justice en se fondant sur la justice transitionnelle. Nous attendons ce geste de la part du Président de la République. Rappel historique de la situation générale des Droits humains depuis cinquante ans Pour rappel, souvenons-nous que de 1960 à 1962, le Tchad est une république multipartite avec une Assemblée Nationale et des institutions républicaines. De 1962 à 1975, par ordonnance N°3 du 12 janvier 1962, le président Tombalbaye met fin aux activités des partis politiques. Des arrestations arbitraires ont poussé certains compatriotes à se révolter contre le pouvoir. Tirant arguments des exactions et frustrations subies par les populations, les Tchadiens du Nord du pays créèrent un mouvement armé, le Front de Libération Nationale du Tchad (Frolinat). Cette situation plongea le Tchad dans les violations des droits humains les plus graves, sans qu’une lumière soit faite sur les tenants et aboutissants de cette rébellion sanglante. En réalité, la révolte des habitants de Mangalmé qui a donné lieu à moult récupérations, installa durablement le pays dans le cycle de la violence sociopolitique et communautaire, jusqu’à nos jours. En effet, le coup d’état de 1975, a fait basculer le pays dans la violence gratuite, au point d’être présenté comme État néant, pour aboutir en 1982, avec l’arrivée d’Hissein Habré au pouvoir, à une dictature implacable en matière des droits humains et des libertés publiques, le tout encadré et orchestré par la tristement célèbre Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS). Si de 1990 à nos jours sous le règne d’Idriss Deby il est indéniable qu’un retour à la normalité de l’État est amorcé, l’on ne saurait en même temps nier le recul et les tergiversations pour ce qui concerne la promotion et le respect des droits humains. C’est sous ce régime que les défenseurs des droits humains ont été le plus proprement visés. Beaucoup ont eu la vie ôtée, d’autres ont été emprisonnés en dépit de la loi. Tels sont entre autres les cas toujours criards de Me Behidi Ngakoutou et de Mbaïlao Mianbé. C’est seulement à partir de 1990 qu’il a existé une liberté de presse relative, car seuls les journalistes courageux peuvent l’exercer. D’ailleurs, cette liberté n’est valable que pour les medias privés. De nombreux journalistes courageux qui voulaient faire leur travail conformément à la règle de l’art avaient été jugés et condamnés ou simplement assassinés. Par exemple Maxime K. assassiné en 1993, Michael Didama, directeur de publication du journal le temps, Garondé Djarma, Sy Kombo Singa Gali emprisonnés en Juillet 2005 sur plainte du gouvernement du Tchad pour diffamation et incitation à la haine tribale. Au début de l’année 2008, un autre journaliste Nadjikimo Bénoudjita avait été menacé par le pouvoir en place. Il était obligé de quitter le Tchad pour aller s’exiler pendant plusieurs mois avant de revenir au pays. Entre temps le siège de son Journal était gardé par la force de l’ordre. De même, Tchanguiz Vatankah, rédacteur en chef d’une radio privée basée à Moissala au sud du Tchad avait été arrêté et détenu au secret à N’Djamena plus d’un mois avant d’être libéré sans jugement. Entre temps sa station est restée fermée. Durant cette période, il ya eu de nombreuses autres tentatives de musellement de la presse. Par exemple, en novembre 2006, le gouvernement avait instauré l’Etat d’urgence et durant cette période certaines libertés avaient été supprimées. C’est le cas des journaux qui étaient soumis à la censure préalable. Cette même mesure avait été rééditée en 2008 au moment de graves troubles menés par les mouvements armés. En plus, une radio privée associative de la place était fermée pendant trois mois. Les élections, de quelle nature que ce soit ont été systématiquement soit contestées, soit boycottées, entraînant un désintéressement populaire de la chose électorale, car les règles de jeu et les engagements issus des accords ne sont pas souvent honorés et les leaders politiques sont régulièrement menacés. Par exemple les élections de 2001 ont donné lieu à des arrestations et humiliations des leaders des partis politiques, la bastonnade des femmes leaders lors d’une manifestation pacifique devant l’Ambassade de France, l’assassinat de nombreux tchadiens dont entre autres Brahim Selgué. Donc les droits sont quotidiennement violés et les auteurs jouissent d’une grande impunité, malgré les discours milles fois répétées du Président de la République allant dans le sens de l’égalité des citoyens devant la loi. En 2006, Les graves troubles qu’a connues le Tchad ont occasionné la disparition forcée de nombreux cadres de l’armée nationale dont entre autres le colonel Abakar Gawi, Adil Ousmane, Ahmat Haroun etc. Jusqu’à ce jour, aucune lumière n’a été faite sur la disparition forcée de ces hauts gradés de l’armée nationale qui avaient été pour la plupart arrêtés à leur domicile ou sur leurs lieux de travail. Plus proche de nous, les événements douloureux de N’Djamena du 2 au 3 février 2008 ont été à l’origine de la disparition des nombreux fils du pays, parmi lesquels l’opposant politique, le professeur des Mathématiques et porte parole de la Coordination des Partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC) Ibni Oumar Mahamat Saleh. La gestion opaque et clanique qui caractérise l’actuel régime jusqu’à ce jour est aussi la cause de frustrations et de contestations. Cette gestion surtout à l’époque des revenus pétroliers risque d’avantage de diviser les tchadiens alors que le pétrole devait être un ciment pour l’unité nationale et un lien fort pour bâtir la Nation. C’est cette situation qui a créé de nombreux mécontents et qui ont fini par prendre les armes pour se faire entendre étant entendu qu’il n’existait plus aucune autre possibilité pour le faire. Les grands défis du Tchad pour le prochain cinquantenaire Aujourd’hui donc, pendant que le pays s’apprête à fêter avec grande pompe le cinquantenaire et à tenir des élections, il convient de revenir à l’essentiel, c’est-à-dire à quelques principaux défis. Les grands défis du Tchad cinquantenaire relèvent à la fois de la gestion politique de l’État et la sa difficile acception par certaines entités nationales. Ces défis se déclinent alors aisément en défis liés à la laïcité, à l’impunité, à la corruption, à là régionalisation de l’armée, aux privilèges dont jouissent certains groupes d’individus, au manque d’indépendance de la justice, à la mauvaise gouvernance, à la mauvaise répartition des revenus pétroliers à l’échelle nationale, à la discrimination, à la patrimonialisation des ressources de l’Etat, à la privatisation de l’État, etc. Le devoir premier d’un État vis-à-vis de sa population est de se faire accepté et intériorisé comme étant indispensable et nécessaire pour tous. Pour ce faire, il lui revient de construire son unité intérieure par le brassage entre les habitants mais surtout par le fait qu’il requiert une même compréhension et une même déclinaison pour chacun. L’État est un et un seul pour tous et pour chacun, et devra être accepté comme tel. Dès lors que quelques entités en arrivent à privatiser l’État et à le mettre en parenthèses pour servir des desseins autres que ceux régaliens, cet État-là court un grand danger de dislocation. Si le Tchad dans l’entendement des Tchadiens est un fait, son inscription dans les actes de tous les jours reste à construire et à affirmer. Il en va de même de la question de la laïcité du Tchad. Le Tchad est certes constitutionnellement un Etat laïc. Et il n’existe pas des mesures textuelles promouvant la discrimination fondée sur la religion. Cependant, dans la pratique, il existe de nombreux comportements basés sur l’intolérance religieuse. Cet aspect ressort assez souvent comme critère de nomination ou d’autres considérations. Dans la pratique, de 1982 à nos jours, la question de la laïcité est souvent remise en cause par certains tchadiens. Au Tchad, de nombreuses mosquées se construisent partout y compris même dans les lieux publics tels les marchés, l’Assemblée Nationale etc., sans aucune entrave. Cela n’est pas valable pour les églises. A Abeché par exemple, les églises qui y avaient été construites ne l’ont été que sur intervention du président de la République. Or, dans tous les coins des rues de la même ville, il y a les fidèles des mosquées qui bloquent les rues aux heures de prière et perturbent la tranquillité publique les nuits à l’aide de grands micros placés sur les toits des mosquées sans aucun obstacle. A N’djamena, courant 2010, un cortège chrétien lors d’un mariage vers la rue de 40 m a reçu de nombreux jets de pierre. Le changement de religion est possible sans grands problèmes du christianisme à l’islam mais le contraire soulève de sérieuses menaces à l’égard du converti. L’impunité de fait dont bénéficient les proches du président de la République et certains tchadiens de la région du président de la République. L’Etat est devenu du coup impuissant et incapable d’assurer la justice et l’équité en faveur de l’ensemble de ses fils. Les plus forts rendent eux-mêmes justice et les plus faibles subissent. Ces gens qui sont auteurs de nombreux cas de violations des droits de l’homme ne sont jamais iniquités. Mieux, le juge qui insiste est soumis à de sérieuses menaces y compris sa mort. Au Tchad, il n’existe pas des dispositions fondamentales qui favorisent la discrimination mais celle-ci est malheureusement omniprésente dans toutes les sphères de la République du moment où les dispositions pertinentes de la constitution disposent en son article 13 « les tchadiens de deux sexes ont les mêmes droits et les mêmes devoirs, ils sont égaux devant la loi ». Il y a alors une discrimination très poussée tant dans l’administration publique que dans les écoles. Par exemple en 1997, le Ministère de l’enseignement supérieur a instauré un quota dans le concours d’entrée à la faculté de Médecine au Tchad. En plus, Ahmat Taboye, Ministre de l’enseignement supérieur a instauré un quota pour l’entrée dans toutes les universités et instituts universitaires du Tchad par arrêté N° 137 du 14 mai 2009. Cet arrêté cache difficilement une haine tribale contre une importante communauté du sud ouest du Tchad et le régionalisme que le signataire développe contre une partie du Tchad. Bien entendu, dans la région du Sud Ouest du Tchad visée particulièrement par l’arrêté du Ministre, il n’existe aucun institut ni aucune Université. Dans l’administration publique, les meilleurs cadres formés et qualifiés sont rarement promus et leurs places sont occupées par des personnes peu qualifiées et parfois sans instruction. Tout cela se passe, contrairement à la recommandation de la conférence nationale qui exigeait « la nomination de la personne qu’il faut à la place qu’il faut. » C’est ainsi que la gendarmerie, les ambassades, la douane, bref, les régies financières de la République sont occupées par les gens proches du pouvoir ou simplement de la région du Président de la République. Par ailleurs, les femmes qui constituent une franche importante de la population tchadienne soit environ 51% sont victimes de la discrimination. Depuis 1960, tous les régimes qui se sont succédés au Tchad ont fondé leur pouvoir sur la discrimination et l’exclusion des autres communautés. C’est cette situation qui a été à la base de la création du (Front de libération Nationale) Frolinat. Ce mouvement politico-militaire a été animé par les ressortissants du Nord du Tchad qui a plongé le Tchad dans une guerre civile entre 1979-1982. En clair, les 50 ans du Tchad ont été marqués au plan politique tantôt par des partis uniques (PPTRDA, UNIR), tantôt par un multipartisme biaisé de 1990 à nos jours. Le trait commun à tous ces régimes est la négation exacerbée des droits de l’homme et des libertés publiques universellement reconnus. Pour ce qui concerne les deux dernières décennies par exemple, de nombreux partis ont été créés et fragilisés par le parti au Pouvoir par diverses méthodes : la corruption, la nomination au poste de responsabilité, l’intégration sélective à la fonction publique, les promotions sur les bases discriminatoires, la paupérisation de la masse rurale, l’intimidation, la tribalisation, la régionalisation des affaires de l’Etat, l’exclusion, etc. Position de Droits de l’Homme Sans Frontières (DHSF) Les droits de l’homme n’ont pas été les vraies priorités des gouvernements successifs malgré que les constitutions du Tchad de 1962, 1989 et 1996 reconnaissent dans leurs préambules la Déclaration Universelle des droits de l’homme, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples etc. La situation des droits de l’homme dans ce pays n’a été guère reluisante. Les tchadiens ont toujours été victimes des exécutions extrajudiciaires, des arrestations et détentions arbitraires, des expropriations, des viols et des restrictions des libertés fondamentales de tout genre etc. Les Associations des droits travaillent tous les jours depuis 1991 en vue de l’amélioration de la situation des droits de l’homme. Leur travail comme complément indispensable du travail que devait faire le gouvernement a été toujours mal compris. C’est bien ce climat qui a poussé le gouvernement à les ignorer dans l’organisation de ces festivités. Les violations des droits de l’homme ont existé depuis la première République, mais, le comble a été atteint sous l’actuel régime qui avait pour souci de départ de récompenser ses proches. Cette situation a été à la base de l’impunité de fait accordée à la catégorie des tchadiens connus sous le nom des intouchables a fini par favoriser d’autre formes des violations des droits de l’homme jamais connues dans la République. Parmi ces violations, il y a lieu de citer les conflits récurrents entre éleveurs et agriculteur, les évictions forcées, le phénomène des enfants bouviers qui consiste à s’attacher le service des enfants généralement de la région de Mandoul comme berger malgré leur jeune âge. Ces nouveaux éleveurs exploitent la vulnérabilité des parents déjà rendus pauvres. Ces enfants sont maltraités et parfois tués sans être iniquités. Une autre forme qui a commencé depuis 2003 dans l’ancienne préfecture du Mayo-kebbi à travers les autorités militaires, administratives avec la complicité de certains chefs traditionnels. Cela consiste à prendre des enfants en otage contre rançon. Les enfants sont souvent exécutés en cas de non paiement de rançon. Les évictions forcées constituent à n’en point douter une autre forme grave des violations des droits de l’homme perpétrées par le gouvernement jamais connues au T had. Ce dernier estime changer le visage de la ville de N’djamena. Or, l’on peut moderniser la ville sans démolir les habitations des habitants. Il n’ ya qu’à agrandir la ville au lieu de vouloir la concentrer. La dernière forme est la vente d’enfants très développée dans la Tandjilé Les enfants sont « vendus » aux gens proches du régime qui les asservissent au Nord du Tchad comme gardiens des dromadaires. Conclusion Alors, de ce qui précède, il ya lieu de changer pour les cinquante ans à venir. Non seulement les droits de l’homme doivent être la priorité de l’Etat mais que le rapport gouvernement et associations des droits de l’homme soient ceux des vrais partenaires basés sur la confiance mutuelle. Le fondement des cinquante autres années doivent être jetées par chacun de nos actes quotidiens basés sur le respect des valeurs de la Républiques que nous devons nous engager à promouvoir à travers l’égalité des citoyens devant la loi et la promotion d’une magistrature véritablement indépendante. Ce qui pourra mettre fin à l’impunité qui constitue une gangrène pour notre pays. C’est dans ce sens qu’il faut nécessairement juger Hissein Habré et ses complices pour permettre à l’ensemble des victimes d’avoir la paix au cœur. Durant le demi-siècle à venir, le Tchad a le plus besoin du changement de comportement de la part de ses dirigeants. Que ceux-ci soient des dirigeants intègres, soucieux du bien être collectif, ayant une vision qui ne se limite pas seulement à la conquête du pouvoir en vue de bénéficier des avantages matériels qu’il procure. Il nous faut des hommes conscients et aptes à régler les problèmes essentiels du Tchad que constituent les soins de santé, l’école pour tous, les infrastructures de base, l’égalité des citoyens devant la loi etc. Deuzoumbé Daniel Passalet Président.

 
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